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- Après une année de dur labeur,
parfois plus, probablement de longs moments de solitude et de détresse loin des
siens, l’enthousiasme des immigrés et de
ceux qui ne se considèrent plus comme tels de retrouver les siens, se fait
ressentir. Les guichets sont pris d’assaut, on ne distingue plus le début de la
fin d’une file d’attente, ou devrais-je dire on ne distingue plus une file
d’attente d’une autre… souvent des voix se font plus élevées que
d’autres, des esprits se chauffent et des nerfs se lâchent…. Ceux qui ont
l’occasion de voir ces locaux paisibles et presque vides en temps normal, pourraient
presque ne pas les reconnaître, bondés de monde- en pleine saison estivale.
- Si lakhdar, est là depuis la
première heure d’ouverture. C’est un des vingt deux fonctionnaires travaillant
dans les services consulaires. Un des plus anciens mais aussi un des plus
utiles et des plus populaires des lieux. S’occupant de toutes les affaires
administratives courantes, il sait aussi jouer de ses qualités relationnelles
quand une situation l’impose : consoler une personne désespérée par la lenteur de la machine bureaucratique, se
reconvertir en médiateur pour régler un litige qui s’impose dans l’urgence,
étaient souvent prévus dans le calendrier de ses tâches. En dépit de ses
quarante ans passés, l’homme est débordant d’énergie, à le voir s’agitant dans
tous les sens, de guichet en guichet pour promulguer ses conseils ou donner son
aval, on le croirait né pour faire ce travail, ce n’est pourtant pas la
carrière à laquelle il était destiné au départ.
- Il y a 20 ans, le jeune lakhdar,
alors fraîchement débarqué de son quartier algérois arrive dans une ambassade
algérienne quelque part à l’étranger avec un contrat de cuisinier, il ne tarde pas
à gravir les échelons pour devenir une personnalité incontournable des services
consulaires. C’est presque un conte de fée, pourtant ce n’est que son intelligence
et son savoir faire qui ont fini par le révéler à ses supérieurs…, presque par
hasard ! Un beau jour, alors que se
prépare une grande réception à l’ambassade, on découvre l’absence de l’assistant
d’un responsable, subitement devenu indisponible pour cause de maladie, quelqu’un
pensa alors au jeune Lakhdar, déjà connu pour ses qualités relationnelles. A sa
grande surprise, le responsable découvrit que le jeune homme charmait ses hôtes
avec ses discussions et sa grande culture générale, depuis il jugea qu’il était
beaucoup mieux à ses côtés que confiné dans sa cuisine.
- Pour sa famille, l’homme était ‘‘l’enfant
providentiel’’…. issu d’une famille nombreuse, il était le premier à
gagner sa famille confortablement, une situation qui a beaucoup profité a sa
famille. Notre homme répondait présent à chaque fois qu’il fallait alléger le
fardeau des parents : argent, voitures, électroménagers, cadeaux, rien ne
leur a été épargné. Sa mère disait à qui voulait l’entendre que ‘‘le taleb’’ lui avait prédit qu’un de ses
fils serait à l’origine du bonheur de la famille et que grâce à lui, elle
goûterait au confort de la vie. L’enfant fétiche était ‘‘son lakhdar’’, elle en avait aucun doute.
- Ce n’était pas le plus âgé des
enfants, pourtant il était traité comme tel : écouté et respecté de tous,
même le père qui était parfois rigide avec ses autres enfants, ne l’était jamais
avec lui, trop reconnaissant à son fils, qui avait donné sans compter. ‘‘Le
patriarche’’ comme on l’appelait se plaisait- même s’il n’avait rien demandé- dans
ce statut qui lui a été spontanément conféré. De l’étranger, et loin des siens
il avait son mot à dire sur toutes les affaires concernant la famille, ses
conseils étaient sans cesse sollicités, ses avis écoutés et suivis.
- A peine terminé avec un des
collègues qui sollicitait son conseil pour une formalité peu connue, Si
Lakhadar se dirige vers son bureau ou une pile de documents attend sa signature.
En ouvrant ses dossiers, il ne pouvait s’empêcher de penser à l’idée qui le
hante depuis des années, le seul désir
auquel il n’a jamais cessé d’aspirer ‘‘Rentrer
au bled’’ Voilà des années qu’il déclare vouloir rentrer, prendre sa
retraite et en finir avec la vie de l’exil, d’années en année, le projet reste
sans suite. .
- Il est vrai qu’à chaque fois il y
avait une raison valable : aider un frère qui se marie, un autre qui
construit sa maison, envoyer ses parents au pèlerinage, payer les études de son
fils… etc. Pourtant l’intéressé lui-même éprouve, des fois, des doutes quand à
la sincérité de sa volonté. Tout cela ne serait-il pas que des prétextes pour
retarder l’échéance ?? Comment explique t-il cette angoisse qui l’obsède à
chaque fois qu’il pense au retour définitif…n’est-il pas prêt ? Mais après tant d’années es-ce possible ?
A t-il peur des changements qu’il va découvrir ? A chaque fois de telles réflexions le laisse
perplexe : entre son désir de rentrer et l’appel de la raison qui sème le
doute, les années d’exil ne font que perdurer.
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